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J’ai été reçu chez Kan-Si, 
artiste plasticien sénégalais résidant à Mermoz.
Kan est né au Sénégal à Kaolack en avril 1961. Après un séjour au Prytanée militaire de Saint Louis, il passe un bac économique au lycée Van Vo, puis il se consacre à des études de Droit, avant d’aller à l’école des Beaux-Arts de Dakar. Kan ne regrette pas d’être passé par là. « Un artiste doit avoir de la consistance, être intellectuellement bien armé ». Il y’a un minimum de base à avoir. Kan Si développe un projet artistique d’une immense profondeur et de multiples facettes. En effet, Kan si est un touche à tout : Vidéo, photos, peinture, création d’objet, écriture, organisation  des évènements. En bref, Kan Si est un artiste.
(http://www.tortorgallery.com/)
(http://universes-in-universe.org/eng/nafas/articles/2004/kan_si)
  Très engagé pour la cause sociale, cet intellectuel est connu pour ses actions aussi bien dans le milieu urbain que rural. Depuis 2005, Kan si coordonne avec Muhsana Ali (artiste plasticienne) et Mamadou Sarr (Sociologue), la dynamique artistique et culturelle  « Portes et Passages » : concept d’art et de développement, expression artistique et préoccupations sociales des communautés de base  (http://portesetpassages.pi-groupe.net)  Le moteur qui les anime : la créativité. Elle permet de transformer et renouveler notre regard sur le monde. 
Le monde est en crise. Il y a un problème de créativité. En tant qu’artiste, nous avons une responsabilité morale vis-à-vis de cela. Selon Kan Si l’expression artistique a pour enjeu le vécu.Son activisme ne contredit jamais son caractère effacé qui comme un couvercle protège une réflexion hors du commun sur l’Homme  et sa relation avec son environnement. Le Site de l’association se trouve dans la Communauté Rurale de Ngéniène, à quelques encablures de la commune de Joal-Fadiouth : une ancien hangar/banque de céréales qui est devenu un atelier/galerie et quartier général ; mais aussi un terrain de 4 ha qui est entrain d’être mis en valeur. Il est possible ici, de bâtir un projet de société viable. « Tout est là pour nous permettre de réécrire notre monde, il faut être en mesure de déconstruire et de reformuler à notre guise des concepts comme le développement, les droits de l’homme, la démocratie, la mondialisation…tributaires de l’architecture théorique de la vision occidentale des choses et du monde » .Selon Kan-si, il faudrait s’affranchir de toutes formes d’asservissement. L’association tend vers l’autonomie, puits, panneaux solaires, champs pour la culture. C’est un centre pour déconstruire, puis reconstruire. L’art sert à se poser des questions. Apporter un nouveau regard sur le monde. Le site de Joal est un lieu ouvert à tous les producteurs de sens porteurs d’une certaine réflexion alternative, aux artistes, qui veulent bien venir en résidence et travailler.
 
Kan Si collabore également avec Gorée Institut. Il y coordonne les activités de  l’atelier de gravure, à Gorée. Notamment le projet « peace by force » qui sera une collection de gravures (un portfolio) et une exposition avec les artistes Camara Gueye, Gabriel Kemzo Malou, Muhsana Ali et Souleymane Keita .Ils travaillent autour du concept de la paix, et de la prévention des conflits.
 La pratique de la gravure peut permettre de démocratiser l’accès à l’œuvre. La presse, peut régler un problème de partage des produits artistique (gravures) avec la population locale. Les objets culturels sont tous à l’extérieur, les œuvres vont là où l’argent qui les achète se trouve. Kan Si veut remédier à ça.
 
Kan Si a également produit  une réflexion photographique à propos de l’occupation par les commerçants chinois du Boulevard Centenaire lieu de la célébration de l’indépendance, au Sénégal. Encore une fois, le marché international se saisit d’un des symboles fondateurs d’une nation. C’est un travail de photos intitulé « Boulevard Centenaire Made in China » qui a été publié dans « Leap » » (revue d’art contemporain éditée en Chine) avec un texte de Mathew Tinari un musicien américain basé à Dakar. Le capitalisme à travers l’empreinte des chinois établis ici, menace les activités locales. Souvent, on ne refuse rien à l’étranger. On accepte beaucoup de choses, alors que ce n’est pas le cas dans l’autre sens. ( http://www.ker-thiossane.org/spip.php?article56 )
 
Nous faisons une parenthèse dans la discussion. Le village des arts de Dakar aurait pu être un pôle d’expression artistique très dynamique. Les plasticiens pendant longtemps n’ont pas jugés utile d’inviter les autres formes arts. L’interdisciplinarité est incontournable.
Kan Si a exposé à la Biennale de Rennes. Thème : « Ce qui vient ». Il a travaillé à partir du proverbe wolof : « Aduna potu ndala ku naan jox sa morom mu naan ». Le public était incité à partager leur vision du futur sur un morceau de papier, qu’ils mettaient dans un des cents pots (potu ndaa) accrochés sur les murs de l’espace d’exposition. « L’occident a gardé le pot trop longtemps.  L’empreinte qu’on a du monde c’est Google, alors que le monde est plus vaste que ça. » Kan Si a invité la slammeuse Deborah Ribeiro à faire un travail de déclamation publique à partir des mots déposés dans les pots.
 (http://www.lesateliersderennes.fr/edition-2010/kan-si) , (http://www.lesateliersderennes.fr/blog/les-actions/kan-si/)  (http://www.lesateliersderennes.fr/Edition%202010/LPS) (http://www.lesateliersderennes.fr/blog/)
« Kan-si est un artiste qui pose un œil pertinent sur son monde. C’est à dire une perception bien réelle de la ville qui passe pourtant par une capacité à extirper et à représenter l’émotion, les ressentis, les ambiances d’un lieu de vie. On entend le son du monde sur chacun de ces visages. Bruits et bruissements de l’espace public, hurlements médiatiques ou silences transparents : on scrute cette galerie de portraits comme autant d’empreintes éphémères de nos consciences de citadins.
 
Et lorsque l’artiste décide d’explorer le champ sacré de la prière, il peint des postures graciles qu’il circonscrit entièrement dans l’architecture de la cité.
 
Chez Kan-si la ville est un média, une caisse de résonance qui restitue au monde l’écho de ses pratiques quotidiennes. Les silhouettes s’encadrent parfaitement dans l’organisation géométrique de cet espace jusqu’à en écrire les tables de la loi. Les silhouettes se font mots et écrivent une grammaire des corps au sein de l’espace public. Les lois d’une démocratie urbaine universelle. Un usage presque émotif d’une ville qui trace ses frontières culturelles autour de pratiques séculaires mais aussi du mouvement incessant de la modernité.
Alors oui ! nous espérons un jour pouvoir nous promener dans les rues de cette ville-monde à l’écoute du murmure incessant de la modernité. »
 
Bougouma Fall et Fabrice Roussel
 
Kan Si est un Artiste engagé pour qui  la pratique artistique est aussi un mode d’intervention politique
Dans « Lu et approuvé », vidéo de 04 mn 58, Kan-si met en scène un texte extrait du livre de Madame Aminata Traoré, ancienne Ministre de la Culture et du Tourisme du Mali, intitulé « Lettre au Président des Français à propos de la Côte d’Ivoire et de L’Afrique en générale ». La vidéo met en scène en gros plan une bouche anonyme qui représente la voix de l’Afrique.
A travers un mouvement palpitant de lèvres, jaillit un discours sur le destin dramatique des peuples africains face à une mondialisation «  irresponsable et stupide ». « Lu et approuvé », c’est également une stigmatisation du libéralisme économique qui, aujourd’hui, est à l’origine des maux des sociétés africaines telles que l’émigration clandestine, les difficultés de développement...
http://www.biennaledakar.org/2008/rubrique.php3?id_rubrique=