''BOULEVARD DU CENTENAIRE:MADE IN CHINA''

Boulevard du Centenaire Made in China
Photographs by Kan Si
14 December 2012–9 February 2013

made in china2Une des choses formidables que pourrait permettre un vécu réel du processus de la globalisation serait la libre circulation effective de tous les êtres humains. Quel que soit l’endroit où on voudrait se rendre, on devrait pouvoir le faire sans tracas. C’est le cas pour moi aujourd’hui. Je suis entrain d’écrire ces mots dans le hall d’attente de la zone de transit de l’aéroport international Dulles de Washington. Je suis en partance pour Bogota. De la même façon, un certain nombre de citoyens de la République Populaire de Chine ont eu la latitude de se retrouver
en Afrique, notamment à Dakar au Sénégal où j’habite et je vis. Pour les besoins du commerce, de la recherche du profit et de meilleures conditions d’existence, ils ont atterri chez nous depuis plus d’une dizaine d’années au moins et sont entrain de tisser les trames de leur nouveau territoire dans une zone spécifique de la ville de Dakar. Une zone située entre le port, la gare ferroviaire, les quartiers résidentiels (aussi bien classe moyenne que populaire) et le centre ville. La visibilité de leur présence est beaucoup plus effective au niveau du Boulevard Centenaire. D’où le titre que j’ai donné a ma série de travail photographique: “Boulevard du Centenaire Made in China”.Ce lieu n’est pas n’importe quel lieu. C’est exactement sur Boulevard du Centenaire que la nation sénégalaise célèbre symboliquement l’accès officiel à la souveraineté nationale et internationale en avril 1960. Il était plus qu’important pour moi de voir comment au nom du commerce, on a assisté a une désacralisation de l’espace symbolique d’une ville, avec la prolifération littérale d’une entité exogène qui en a défini les nouvelles donnes urbaines, par la force d’une activité génératrice de chiffres d’affaires sur des produits bas de gamme venant de Chine. Du jour au lendemain, sur les artères du plus grand boulevard de Dakar – où jusqu’à présent, y sont célébrés presque tous les moments forts de la vie de la nation sénégalaise tel que la fête de l’indépendance du 4 avril, la fête du travail du 1 Mai, les marches et manifestations de protestations électorales, syndicales et sociales – tout a changé. L’argent appelant l’argent, d’innombrables petits business, boulots et commerces sont nés grâce à la présence de la colonie chinoise .Cela a, au fil du temps, complètement défiguré et reconfiguré le visage et le paysage urbain de cette partie de Dakar. Mon statut d’artiste me donne l’opportunité, a travers la photo, de porter un regard de constat, de réflexion et de questionnement fondamental sur la problématique sociétale, économique et urbaine que pose inévitablement cette nouvelle forme d’expansion du capitalisme venu d’Asie quia pour cible nouvelle l’Afrique en général.
Amadou Kane Sy
24 juillet 2012

 

Au cours des deux dernières décennies, la population chinoise en Afrique a connu une croissance rapide. De récentes estimations attestent d’une présence d’environ un million de commerçants et travailleurs chinois – à l’exclusion du corps diplomatique et des cadres d’entreprises – qui vivent et travaillent à travers l’Afrique. Chaque année des milliers d’immigrants chinois font le long voyage de la Chine continentale vers les villes et villages en Afrique. Diverses chambres de commerce africaines telles que celles au Tchad, en Namibie, au Nigeria et au Sénégal s’attendent à une affluence de plus de 20’000 migrants chinois au cours des deux prochaines années. Cette tendance ne devrait pas ralentir tant que les économies africaines continuent de croître et l’entrepreunariat continue d’être rentable pour ceux qui savent et peuvent saisir les opportunités qu’offrent le marché africain. Ce developpement a un impact transformateur sur la culture, les affaires et la politique sur le continent africain. Selon le China-Africa Project,
– une base d’informations multimedia dédiée à la recherche de chaque aspect de l’engagement croissant de la Chine en Afrique – il y aurait plus d’immigrants chinois qui vivent en Afrique aujourd’hui que de colons français au milieu du 20e siècle. La population chinoise est désormais un élément permanent de la démographie de l’Afrique. made in chinaNéanmoins, la Chine n’est pas un nouveau venu au Sénégal ni en Afrique. Vers la fin des années 1950, au fur et à mesure que différents pays africains accédaient à la souveraineté, Pékin et Taipei se livraient une sérieuse compétition pour la reconnaissance officielle; étant entendu que seul l’un des deux peut représenter la Chine. À cet égard, les gouvernements sénégalais avant 2000 avait reconnu la République de Chine et entrdes relations diplomatiques et économiques avec Taipei. Cette situation a changé au profit de laRépublique Populaire de Chine en 2005. C’est également au début des années 2000, que l’on a pu observer une croissance sensible de la population chinoise au Sénégal. Au cours de sa tournée de cinq pays africains en 2009, le Président Hu Jintao s’est également rendu au Sénégal. Il a été accueilli par le Président Abdoulaye Wade qui lui offra une gigantesque clé symbolique. Celle-ci devrait ouvrir les portes de l’Afrique à la Chine. Les commerçants chinois avaient timidement commencé à s’installer à Dakar à la fin des années 1990. Encouragés par une politique économique libérale et un accès facile à l’immobilier, ils commençâment par installer des magasins sur une des avenues principales de Dakar, le symbolique Boulevard du Centenaire, l’ancien boulevard du Général de Gaulle. Une grande rue à quatre voies bordées d’allées latérales, conçue à la fin des années 1950 dans l’esprit des grands boulevards parisiens. Elle était censée ressembler à l’avenue des Champs Elysées avec un rond-point à une extrémité et un obélisque à l’autre. Des magasins ont été rapidement suivis par des restaurants, des clubs de karaoké et des étals dans les marchés des quatiers voisins.Depuis deux ans, l’artiste sénégalais Kan Si documente la vie et l’activité commerciale des commerçants chinois dans le quartier du Centenaire. Il developpe un portefolio d’une grande importance pour l’étude de la transformation urbaine. Ses oeuvres montrent également la distance que la communauté chinoise garde vis-à-vis de la société locale. L’interaction humaine est réduite aux échanges commerciaux. Les rapports sociaux et l’échange culturel hors protocole sont quasiment inexistant. Pendant de nombreuses années Centenaire fut un quartier de la haute classe moyenne, lieu de résidence d’une couche de la société ayant bénéficié d’une formation supérieure et/ou académique. Les résidences et les immeubles qui bordent le boulevard pouvaient être considérés comme un lien de planification urbaine réussi entre la communauté de classe moyenne du Centenaire d’un côté et la communauté à faibles revenus de la Médina de l’autre. Le tronçon de maisons qui abritent maintenant des magasins chinois est une série de maisons à un étage avec un garage. Il est clair que l’évolution démographique et les conditions
économiques des deux dernières décennies ont misà rude épreuve les ménages de la classe moyenne. La location des garages aux commerçants chinoiss’est avérée être un moyen de faire face à ces difficultés financières.

 

Lire e PDF:pdf logo